Réseaux sociaux : outils
pour la curation et l’annotation collaboratives
Par
Anne-Laure de Sarrau. Le 18 septembre 2018
Dans
le cadre du projet : «Exploring Online Curation and Annotation Platforms» mené
par notre collaboratrice Patricia Kingsmill, notre chroniqueuse Anne-Laure de
Sarrau vous présente son évaluation des outils de curation et d’annotation
collaboratifs colligés par Patti Kingsmill et Mark Prentice du Collège
Vanier. Pour obtenir plus de détails sur
le projet du Collège Vanier, consultez l'article de Patti dans la version
anglaise du site de la VTÉ.
L’intention
d’une approche d’enseignement à travers un réseau social virtuel est de
transformer une activité individuelle en une activité sociale. Tout le monde a
bien compris combien les étudiants d’aujourd’hui ont besoin d’interactions et
par voie de conséquence, l’offre d’outils de collaboration en ligne se diversifie.
A tel point qu’il devient compliqué d’en évaluer chaque fonction et d’en
mesurer la valeur pédagogique. Concernant la curation et l’annotation, des enseignants du cégep
Vanier, soutenus par la VTÉ, ont tenté d’y voir plus clair.
La
curation a-t-elle un intérêt ?
La
curation est une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et partager les
contenus les plus pertinents du Web pour une requête ou un sujet donné. Plus
elle est collaborative, plus elle est riche. En ce sens, elle a un intérêt pédagogique
certain puisqu’il s’agit d’exercer, ensemble, son discernement. Elle constitue
aussi une étape préliminaire vers l’écriture en ligne puisque c’est une manière
rapide et bon marché d’alimenter une thématique sans nécessairement produire de
contenu. Son enseignement ne doit pas
tant porter sur les outils que sur le fait de savoir pourquoi on les utilise
car une fois que les élèves sont capables de porter une analyse critique sur
ces outils, ces derniers agissent comme de formidables filtres du web et
améliorent la visibilité des contenus à haute valeur ajoutée mais mal
référencés.
Pourquoi
s’intéresser à l’annotation ?
L’annotation
est utilisée depuis la nuit des temps dans l’enseignement et la publication
scientifique mais elle prend un nouvel essor depuis que le problème n’est plus
l’accès à l’information mais à l’information pertinente. L’information est là
mais pas le temps pour la traiter individuellement. Or sans validation,
l’information est souvent inutilisable. L’annotation numérique collaborative
permet un travail collectif de recherche, recoupement, d’évaluation par les
pairs, d’analyse et de synthèse qui sert, comme la curation, à nettoyer les
données de leurs impuretés. Toutefois, l’annotation va un peu plus loin que la
curation dans la mesure où elle sert à enrichir le contenu d’une source (sans
pour autant l’altérer puisqu’elle n’apparaît pas sur le document d’origine).
L’annotateur devient actif, créateur de contenu et, cerise sur le gâteau, peut
se rapprocher de communautés d’intérêt pour partager le fruit de ses réflexions.
Voici quelques outils disponibles en
français.
1. Plateformes
Lacuna
Stories est une plateforme libre d’annotation collaborative qui offre la
possibilité d’engager des discussions en fonction de thématiques précises et
des supports d’enseignement qui les accompagnent (syllabus ou extraits
numérisés, regroupement de sources…)
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
On
a ici la possibilité de choisir son mode d’affichage (privé, accessible à
l’enseignant uniquement, accessible à un groupe restreint, accessible à toute
la classe). Cette flexibilité aide l’étudiant à se sentir à l’aise avec ce
qu’il ne maîtrise pas encore et de travailler sur ses propres idées avant de
les soumettre (ou pas) aux autres. Lacuna fournit également aux élèves un outil
intéressant pour établir des liens sémantiques entre différents textes ou
passages.
Un
« kit de couture » rend possible la création de collections dans lesquelles les
étudiants lient entre eux des extraits et des annotations au fur et à mesure
que le cours avance. Cela favorise une assimilation plus profonde, plus
personnalisée et plus libre car elle se fait autrement que dans l’unique
perspective d’un travail à rendre. La fonction de marquage donne aux
enseignants l’opportunité de créer des catégories pour organiser les réponses,
telles que «notes de cours», «réflexions», «propositions de communication»,
«essais finaux»...
Le
générateur de bibliographie automatique permet de relier des réponses à des
textes spécifiques. Et tout comme les supports de cours, les réponses des
étudiants peuvent aussi être annotées, ce qui facilite la rétroaction rapide et
en temps réel des enseignants.
Les
analyses de données renseignent sur la dynamique d’apprentissage individuel en
mettant en lumière ce qui a été lu, commenté et assimilé. Sur un tableau de
bord, les sujets qui intéressent ou posent problème sont ainsi identifiés et
éventuellement travaillés en priorité en classe. Développé par une équipe
pluridisciplinaire de professeurs, d'employés et d'étudiants à l’université de
Stanford, cette plateforme en ligne est spécialement conçue pour les cours de
sciences humaines ou pour travailler l’argumentaire, les compétences en lecture
attentive et en écriture collaborative.
Pas
de support technique mais de nombreux tutoriels et scenarii pédagogiques
disponibles.
Edublogs est une plateforme WordPress
sur laquelle les instructeurs et les étudiants élaborent des eportfolios, des
blogs et des sites Web. Elle fournit également des outils de gestion de classe
avec lesquels les enseignants organisent et supervisent des sites d'étudiants.
Chaque site comprend des pages statiques et des options de commentaires en
direct. Les utilisateurs ont la possibilité de télécharger des médias et de
commenter les publications. Les paramètres peuvent être définis pour autoriser
les sites individuels ou de groupe et pour contrôler la confidentialité. Un
grand nombre de thèmes est disponible pour personnaliser l’apparence. Edublogs
héberge également une communauté pour les enseignants.
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
Les
portfolios et la conservation stimulent les compétences analytiques des
étudiants lorsqu'ils recherchent, sélectionnent, réfléchissent et annotent le
contenu, que ce soit individuellement ou en collaboration. La fonctionnalité «
Commentaires » sur les sites Edublogs peut être utilisée pour les remarques des
pairs ou des discussions sur le contenu partagé (y compris le travail des
étudiants). Les sites de groupe sont exploitables pour la conservation
collaborative, le développement d’eportolio et l'écriture collaborative, ce qui
permet des opportunités d'apprentissage coopératif.
A mi-chemin entre la plateforme
d’apprentissage en ligne et le logiciel, Curatr se destine aux grosses
entreprises (une centaine de clients à travers le monde) qui souhaitent monter
des formations en ligne et mettre en commun leurs savoirs.
En
plus des fonctions d’annotations et discussions instantanées, il prend en
charge les outils de gamification habituels comme les badges, les systèmes de
points bonus, etc. Alors qu’une plateforme d’apprentissage en ligne englobe
toutes les fonctions liées à l’apprentissage y compris la gestion
administrative, Curatr aurait tendance à se concentrer sur la formation
continue en mode social quitte à s’intégrer aux plateformes habituelles lorsque
les besoins sont plus vastes.
Ses
fonctionnalités sont biens résumées sur le site australien Superb Learning.
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
Elle
se révèle importante. De fait, Curatr est conçu avant tout pour faire
l’expérience d’un apprentissage social. Il n’est a priori ni un outil de
création collaborative, ni un réseau social professionnel ni un système de
gestion de l’apprentissage au sens strict. Cependant, avec un peu
d’imagination, on est susceptible de l’exploiter à de nombreuses fins
pédagogiques. Apprentissage collaboratif, évaluation par les pairs… Il offre
aux enseignants de quoi concevoir, partager et animer des scénarii pédagogiques
interactifs selon une approche d’apprentissage social, par exemple dans le
cadre de MOOCs. C’est d’ailleurs pour les classes virtuelles que Curatr s’avère
le plus intéressant.
Mais
avant tout, comme son nom le laisse supposer, il est performant pour la
curation, or nous avons vu que cette activité encourage le discernement car
elle oblige les étudiants à rassembler, sélectionner, réfléchir et annoter le
contenu. Ses fonctionnalités « commentaire » et « messagerie » simplifient les
discussions et ses fonctions de gamification soutiennent une démarche de
pédagogie différenciée tout en motivant les élèves.
Même
en mode présentiel (ou hybride) il peut s’avérer utile pour accéder à la
bibliographie du cours, aux devoirs, aux évaluations, aux modifications d’horaires…
En bref, Curatr est un outil simple mais ses applications sont nombreuses
!
2. Logiciels et applications
Destinée en particulier aux étudiants
qui réalisent des travaux de recherche ou à ceux qui ont besoin de présentation
d’information formelle, Zotero est une application en ligne gratuite de gestion
bibliographique. Plus de 7000 styles sont téléchargeables. On trouvera beaucoup
de documentation et de tutoriels sur le site des bibliothèques de l’UQAM, ou de
la bibliothèque du Collège Montmorency ainsi que sur le blog Zotero francophone.
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
Résultat
de recherche d'images pour "zotero"Bien qu’il ne propose pas de
fonctions de clavardage ou d’annotations partagées, il a la capacité de
synchroniser les données d’un groupe de travail privé depuis plusieurs
ordinateurs. Libre alors aux participants de rassembler leurs recherches, de
les commenter pour ensuite éditer des bibliographies pertinentes. Des rapports
automatiques permettent éventuellement à l’enseignant d’en prendre connaissance
et de donner son avis.
A
partir d’un corpus préalablement choisi et téléchargé, Zotero facilite
l’organisation d’une bibliothèque numérique personnalisée grâce à l’ajout de
notes, de mots-clés, de pièces jointes ou de métadonnées. Il peut donc être
utilisé pour approfondir les compétences individuelles de recherche et pour les
cours ayant une composante méthodologique.
Hypothes.is
est un autre outil libre et gratuit dont le cœur de cible est le milieu
universitaire ou collégial. Néanmoins, il présente plus d’opportunités de
collaboration Hypothesis offre toutefois plus de possibilités que Zotero, par
exemple celle d’annoter et surligner n’importe quel contenu en ligne. Soit les
images et vidéos sont elles-mêmes annotées, soit elles viennent enrichir une
annotation et en deux temps trois mouvements, un cours devient personnel et
enluminé ! Pour ceux qui ne rêvent pas d’esthétique, le tableau de bord simple
suffit amplement.
Hypothes.is
est une plugiciel souple qu’on greffe facilement à son navigateur préféré.
Attention toutefois : par défaut, les annotations sont en accès public. Il faut
donc leur affecter des métas catégories favorisant le rapprochement des
annotateurs et la constitution de groupes semi-fermés.
La
licence étant libre, il est tout à fait envisageable de traduire l’interface en
français. En attendant, les annotations s’ajoutent évidemment en n’importe
quelle langue.
Un
critère de choix mérite d’être mentionné : ses liens historiques avec le groupe
Annotation du W3C dont on espère beaucoup en matière d’interopérabilité.
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
Les
enseignants se servent d’Hypothes.is pour annoter des textes, sélectionner les
annotations des étudiants par thème, créer des glossaires automatiquement à
partir de mots-clés ou encore poser des questions en direct aux étudiants,
vérifiant ainsi leur degré d’implication. On trouvera des idées d’activités
pédagogiques à cette adresse :
https://web.hypothes.is/blog/back-to-school-with-annotation-10-ways-to-annotate-with-students/
Les
étudiants pourront l’exploiter pour annoter des cours magistraux, créer des
index ou des bibliographies et surtout, identifier des intérêts communs grâce
au moteur de recherche. Il suffit ensuite de créer une page d’accueil commune
semi-privée et d’activer la fonction clavardage, laquelle facilite la lecture
active et l’analyse critique des points de vue De nombreux exemples
d’utilisation en classe sont à découvrir ici :
https://web.hypothes.is/examples-of-classroom-use/
Quelque
part entre un agrégateur et un éditeur de sites Web, Padlet permet de créer à
plusieurs le contenu de son choix, qu'il s'agisse d'un tableau d'affichage,
d'un blog ou d'un portfolio. Dans ces conditions, chacun a la liberté de
partager et commenter du contenu, de télécharger des fichiers (différents
formats possibles) et d’y insérer du texte, des mémos vocaux, des vidéos, de
créer des dessins, de générer des bibliographies attractives, etc.
Les
utilisateurs ont un éventail de différents arrière-plans, polices et formats
pour chaque « padlet ». Dans le format "Canvas", les éléments postés
sont liés avec des flèches (indexées ou non). Dans le format "Shelf",
les utilisateurs trouvent ce qu’il faut pour créer des colonnes et des en-têtes
pour chaque colonne afin d'organiser leurs publications verticalement et
horizontalement. Les articles postés sont transposables. Les tableaux
d’affichage peuvent être liés les uns aux autres et des permissions peuvent
être définies de sorte que les autres utilisateurs soient autorisés à consulter
ou éditer un tableau.
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
Grâce
à une interface attractive et des fonctionnalités faciles à prendre en main,
Padlet séduit les enseignants et ouvre de nombreuses perspectives pédagogiques
en écriture, réécriture, annotation et discussion. Concrètement, Padlet est un
outil intéressant pour la curation, pour le partage de cours et pour développer
des portfolios.
La
gestion des droits donnés à chaque utilisateur est assez fine pour un usage en
classe. L’enseignant a la possibilité d’affecter un rôle d’observateur,
commentateur, modérateur, éditeur ou administrateur. De cette façon, il décide
du niveau de collaboration attendu. Soit
le travail se fait sur les propres recherches de l’étudiant, soit il se joint à
un groupe qui met en commun ses trouvailles, les annote et les commente. Les
compétences en analyse de l’information et en travail coopératif sont
ainsi mobilisées.
Dans
la version « Padlet Back Pack », les enseignants gèrent un espace plus sécurisé
et disposent d’un tableau de bord avec les comptes d’étudiants, lesquels
décident de partager leur travail ou non. Quelques idées de séances
d’apprentissage avec Padlet sont partagées sur le site E-pédagogie.
Plutôt
orienté grand public, Clipix est un tableau d’affichage en ligne. Une fois
identifiés, les utilisateurs téléchargent éventuellement du contenu sur leur
propre tableau ou bien interagissent en temps réel sur des espaces communs
dédiés (les syncboards). Plusieurs tableaux sont à même d’être créés et
synchronisés avec des permissions d’accès diverses.
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
On
conçoit que Clipix puisse être utilisée pour rassembler un corpus
d’informations et proposer aux étudiants de réfléchir ensemble à son contenu.
Ou bien encore, on devine facilement son potentiel pour une dynamique d’examen
par les pairs ou de forums de discussions pour construire des argumentaires. En
revanche, contrairement à Padlet, il n’est pas faisable d’annoter autre chose
qu’un commentaire.
Bien
que visuellement attrayante et utile pour introduire le concept de partage
d’informations, cette petite extension de navigateur manque de flexibilité. Une
fois les éléments ajoutés au tableau par ordre chronologique, une
réorganisation par thème s’avère compliquée. On le considère donc davantage
comme un outil de mise en commun d’idées préliminaires à un travail
collaboratif plus que comme véritable outils de curation.
Feedly,
disponible sous forme d’application mobile ou plugiciel, cible, agrège et
organise automatiquement du contenu en fonction de mots-clés préalablement
enregistrés. Il compte parmi les outils de curation et de veille les plus
populaires car il ne se limite plus à sa fonction d’agrégateur de flux RSS et
Atom. Depuis l’année dernière, il prend en charge l’annotation et le
commentaire en groupe.
Résultat
de recherche d'images pour "feedly"
(Interface
en anglais mais recherches possibles en français.)
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
L’abonnement
de base suffit pour aider les étudiants dans leurs recherches préliminaires en
particulier dans les blogs, rapports, conférences, thèses et toute la
littérature grise. Cependant, seul l’accès payant avec l’option Teams Package
autorise les abonnés à faire de la curation collaborative, à annoter, à
surligner et à partager du contenu sur des tableaux de bord ou des listes de
diffusion. C’est un outil pratique et facile pour les échanges en direct et
adéquat pour stimuler les compétences habituelles engagées dans un travail
collectif (sélection de l’information, définition de catégories de classement
communes, analyse critique, revue par les pairs, lecture active, etc.)
Ebsco
est un service d’indexation de bases de données qui permet à ses utilisateurs
de chercher des sources bibliographiques, d’écrire des notes sur des articles,
de les sauvegarder et de les partager éventuellement.
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
Malheureusement,
ce service manque d’interactivité. On peut lire les annotations mais on ne peut
ni les commenter ni les enrichir. Cet outil se révèle intéressant pour
organiser ses propres recherches et dans une certaine mesure, permet de
travailler en groupe en activant les fonctions de dossiers partagés mais dans
ce cas, n’importe quel utilisateur ayant accès au dossier est en mesure
d’effacer les notes. D’autre part, il n’est pas envisageable de prendre des
notes simultanément ni d’échanger ses idées en direct. Pour cela, l’enseignant
doit obligatoirement passer par des plateformes comme Lacuna Stories ou
d’autres.
La
bestiole est connue mais pas pour son potentiel collaboratif. Or, depuis sa
création, les possibilités d’écriture et de création en groupe se sont
enrichies. Aujourd’hui, il relie et fédère des communautés de personnes
gigantesques. En tant que tel, il véhicule des messages ayant notamment pour
but de partager des points de vue, d’exhorter à des actions ou encore de créer
et d’entretenir la polémique.
Ce
n’est donc plus juste un réseau de microblogage sur lequel on suit des dizaines
de de comptes. Il suffit de créer des Twitter Moments pour regrouper des
informations par thèmes et c’est parti pour la curation, le partage et les
débats ! Comme la présentation est dynamique, on peut y ajouter des listes de «
gazouilleurs » populaires ou s’abonner à des listes déjà actives et participer
à l’enrichissement des informations glanées par chacun. Chaque thème
préalablement décrit et indexé donne donc accès à des contenus ciblés à partir
desquels on interagit et que l’on partage ou pas avec ses followers. Un système
d’alerte permet de savoir quelles nouvelles informations arrivent sur le fil.
Valeur
ajoutée dans un contexte d’apprentissage collaboratif
S’il
a longtemps été victime de réticences plus ou moins fondées, force est de
constater qu’aujourd’hui, Twitter est largement reconnu comme outil
pédagogique. Apportant une plus-value certaine pour les recherches personnelles
ou en groupe, il a pleinement sa place dans cet article.
La forme courte des gazouillis appelle
une véritable concision d’écriture, ce qui résulte souvent d’une créativité
linguistique particulièrement foisonnante et, avec l’interaction de ses pairs,
toujours en émulation.
On ne reviendra pas sur le concept du
mot-clic (hashtag) aussi utile pour le repérage et le suivi d’une information
en temps réel…. avec tout ce que ça génère comme pollution documentaire. Pour
éviter cet écueil, il suffit juste de s’organiser en amont pour réfléchir à une
indexation pointue qui ne repêche que les listes pertinentes.
Obligeant à agréger, sélectionner et
réfléchir sur un contenu pas toujours fiable, Twitter Moments est donc à la
fois
:
un
outil de curation de contenu événementiel
un
forum de discussion qui encourage l’expression claire de son point de vue
un
outil de conservation (d’un travail en classe, d’une conférence, d’un atelier…)
outil
de création aussi puisque les Moments
supportent toutes sortes de médias
un
agrégateur d’information
un
support solide pour traiter le problème de l’identité numérique
La multitude d’activités pédagogiques
démontre le potentiel étonnant de cette petite application qui a priori ne
cassait pas trois pattes à un « cygne ».
3. Suites
Après le piaf aux 280 pattes de mouche,
les gros mammouths mettent les pieds dans le plat. Plus c’est gros plus c’est
beau
?
La
plupart des fonctions d’Office 365 et G Suite prennent en charge le travail
collaboratif en (ou hors) classe. Qui en doutait ? Les étudiants et les
enseignants peuvent les utiliser pour un nombre infini d’activités pédagogiques
collaboratives : coédition, revue par des pairs, conception d’exposés
multimédias, animation de discussions en ligne et, évidemment, annotations
partagées. Les possibilités sont telles qu’on en est étourdi et qu’il est
parfois difficile d’en imaginer les applications concrètes. Grands
gestionnaires d’outils infonuagiques, ils permettent à un nombre important
d’utilisateurs de collaborer en temps réel, de repérer et commenter le travail
des autres, de visualiser différentes versions d’un document commun, de définir
des paramètres d’accès et de sécurité, et ainsi de… suite.
Globalement,
Office est moins performant pour l’écriture collaborative sur Excel Online ou
Power Point Online. Les temps de chargement restent plus longs et les
fonctionnalités collaboratives moins développées que sur les versions
logicielles. En même temps, les outils d’édition de G Suite sont moins bien
intégrés que ceux d’Office au reste de leur plateforme respective.
Parce
que le travail collaboratif induit l’échange de documents d’où qu’ils viennent,
la question de la compatibilité des formats se pose. Sur ce point, Google est
en avance même si l’importation d’un fichier natif d’Office sur sa plateforme
n’est pas parfaite.
G
Suite pour l'éducation met à disposition gratuitement les fonctionnalités de G Suite
Business aux établissements d'enseignement primaire, secondaire et supérieur.
Il
offre deux catégories de services :
Les
services principaux de G Suite (tels que Gmail, Agenda et Classroom) autour
desquels s’articule la solution pédagogique que Google propose aux
établissements.
Les
services complémentaires (YouTube, Maps et Blogger, etc.) qui s'adressent au
grand public et sont exploitables à des fins éducatives par des comptes G Suite
pour l'éducation (après accord de l'administrateur de domaine de
l'établissement).
Pour
un exemple d’utilisation en Cegep, voir le projet Chromebook
Office
365 réunit un ensemble de services dans le nuage (tels que OneDrive, Exchange
Online, Skype Entreprise, SharePoint Online, Yammer...) en abonnement mensuel
ou annuel. Néanmoins, elle n’empêche pas le travail en mode déconnecté. La
suite a été développée pour les entreprises et s’est ouverte à l’éducation.
Certaines fonctions sont donc moins adaptées.
Conclusion
La
curation date grosso modo des premiers flux RSS mais le développement des
réseaux sociaux ont fait exploser les canaux d’information traditionnels. Dans
une démarche d’apprentissage à vie, elle n’est plus optionnelle. Elle est
incontournable pour ne pas mourir noyé sous un déluge de données. Charge aux
enseignants d’éduquer au captage intelligent d’informations dès la formation
initiale en tirant profit d’outils comme Clipix, Twitter et Edublobs pour
l’écriture collective. Nous venons de voir que les moyens ne manquent pas et
que pour la plupart (dont Feedly et Curatr), ils intègrent maintenant des fonctionnalités collaboratives (commentaires
et annotations, curation collaborative).
Annoter
le contenu en ligne n’est pas non plus une idée nouvelle mais avec le
développement des pratiques d’apprentissage collaboratif, les annotations
posent le problème de leur partage et de leur réutilisation lorsque les
technologies propriétaires ne sont pas compatibles. A tel point que le World
Wide Web Consortium s’est penché sur le sujet pour tenter de normaliser les
annotations et encourager la mise en place d’une architecture interopérable. A
terme, l’annotation pourrait être une fonction native du navigateur et donc
indépendante des éditeurs de contenu. Plusieurs questions restent en suspens
comme par exemple la modération d’annotations inappropriées ou la protection
des données personnelles. Si l’initiative du W3C est louable, elle se limite à
des recommandations techniques. Or, des annotations normalisées
constitueraient un vivier d’information
ultra qualifiées dont les requins publicitaires ne feraient qu’une bouchée si
aucune charte éthique ne venait circonscrire leur appétit. Hypothes.is suit de
près cette problématique.
Dans
le cadre d’un cours, théoriquement, le risque est encadré. Pour l’heure, les
enseignants et étudiants qui profitent des outils évoqués précédemment sont
enthousiastes, ne serait-ce que parce qu’ils réhabilitent la place du «
brouillon » et des écrits intermédiaires dans la construction des
apprentissages. C’est dans cette approche réflexive de l’écriture collaborative
que Padlet, Lacuna Stories ou d’autres apportent une vraie plus-value
pédagogique. L’enseignant n’évalue plus seulement la production finale mais
aussi la démarche qui y a conduit. Une démarche qui exige de porter un regard
analytique et critique sur soi ainsi que sur sa position, son rôle et ses
pratiques. N’est-ce pas plus important et plus authentique que tous les
rapports d’analyse de l’apprentissage automatiques qui sont censés nous définir
?
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